Il y a chez SH404 quelque chose qui échappe aux formats classiques. Une tension permanente entre l’organique et la machine, entre la scène et le laboratoire, entre la Corse et une certaine idée de l’électro européenne. Bassiste de formation, multi-instrumentiste par nécessité, performeur live par conviction, SH404 ne compose pas des morceaux : il construit des expériences.
Depuis Bastia, son projet s’est façonné loin des recettes toutes faites. Sur scène, une basse, des machines, des boucles, et cette énergie brute qui transforme chaque live en terrain de jeu instable, presque physique. Une signature sonore qui a trouvé un écho fort auprès du public, jusqu’à s’imposer comme l’un des projets les plus marquants de la scène indépendante corse actuelle.
Sorti en 2023, l’EP Electric Boy marque un tournant. Porté par une esthétique visuelle forte — récompensée par le K’SCOLTA Music Award de la Pochette de l’année 2024 — et par une production assumée, le projet révèle un artiste à l’aise avec les contrastes, les textures et les références. Parmi elles, une collaboration aussi inattendue que symbolique : Sébastien Roch, alias Cri-Cri d’amour, figure culte des années 90 devenue producteur et fondateur du label Egoist Records. Une rencontre presque manifeste qui dit beaucoup de la liberté artistique revendiquée par SH404.
En 2025, le public ne s’y trompe pas. Lors des K’SCOLTA Music Awards, SH404 repart avec deux distinctions, dont la Prova maestra, récompense ultime décernée par le public après sa prestation live. Une reconnaissance qui consacre autant la puissance scénique du projet que son authenticité.
À travers cette interview, SH404 revient sur son parcours, ses influences, sa vision du live, son rapport à la Corse et à la création indépendante. Un échange sans posture, à l’image d’un artiste qui préfère l’intensité à la facilité, et la sincérité au bruit ambiant.
INTERVIEW SH404
Origine du pseudonyme – SH404 est devenu ton alias de scène. Peux-tu nous expliquer d’où vient ce nom et en quoi il reflète ton univers musical ?
S.H., ce sont les initiales de super-héros.
404 fait référence à l’erreur 404.
Ça donne un côté super-héros… mais des erreurs. Un super-héros un peu chaotique.
De DJ/groupe à solo – Après avoir été DJ dans des clubs parisiens et formé plusieurs groupes éphémères à Bastia, qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer en solo ?
Je pense que c’est la liberté absolue.
Être en groupe, c’est faire des compromis. Moi, je voulais explorer des sonorités extrêmes que les autres avaient parfois peur d’explorer.
La solitude a aussi ses points négatifs, c’est pour ça que j’aime collaborer avec d’autres artistes, mais dans une sorte de relation libre.
Construction des lives – Tes performances mêlent basse, machines et loopers. Comment construis-tu tes lives et quelle place accordes-tu à l’improvisation ?
J’accorde une énorme importance à l’improvisation.
Je vois ça comme une map. J’ai plusieurs horizons que je connais parfaitement, mais je ne sais jamais avant le live par où je vais passer, en fonction de ce que me donne le public en retour.
Influences musicales – On parle souvent de ton mélange d’électro-rock, d’EBM et de garage. Quelles sont tes influences majeures ?
AC/DC, Justice, Tenacious D.
Démerde-toi avec ça 😅
Musique à l’image – Tu as étudié l’ingénierie du son et composé pour des séries et courts-métrages (Lego City Adventures, Mauvais Message…). En quoi ce travail à l’image a-t-il enrichi ta musique personnelle ?
C’était incroyable de pouvoir entendre certaines productions sorties de mon ordinateur à la télé ou sur Netflix.
Genèse de l’EP – Ton premier EP Electric Boy marque une étape importante. Comment ce projet a-t-il vu le jour ?
Depuis 2020, j’avais plusieurs morceaux qui existaient déjà en live.
En 2023, je me suis dit : je vais envoyer un morceau à plein de labels et voir s’il y en a un qui est intéressé.
J’ai envoyé Inner Church et Egoist Records a kiffé mon son.
On a sélectionné quatre morceaux qui nous ont réunis.

Importance du visuel – La pochette de Electric Boy a été élue “Pochette de l’année” aux K’SCOLTA Music Awards 2024. Quelle importance accordes-tu à l’esthétique visuelle ?
Je suis super content de cette récompense K’SCOLTA. La pochette de Electric Boy est un travail à six mains.
À la base, j’ai créé le costume en réel pour avoir ce côté cousu main.
Maria Serena Brasseur a pris la photo, et Guillaume Dugenet a réalisé le montage photo. Depuis la sortie de l’EP, Romain Deceuninck a aussi réalisé deux clips qui ont donné vie à Electric Boy.
Récompenses 2025 – En 2025, tu as remporté deux K’SCOLTA Music Awards, dont la Prova maestra décernée par le public après ta prestation live. Comment as-tu vécu cette reconnaissance ?
Super content.
J’avais beaucoup travaillé cette prestation.
Scène corse et K’SCOLTA – Que penses-tu de la scène musicale corse actuelle et de l’initiative K’SCOLTA ?
Waouh… tous les artistes qu’il y a en Corse !
Merci K’SCOLTA d’exister.
Aujourd’hui, en 2026, la musique “d’animation” en Corse a une énorme importance. Je ne suis pas contre, mais donner un mégaphone à la création, c’est super cool.
Donc merci K’SCOLTA.
Collaborations locales – Tu t’es produit aux côtés de Panzetta Paradise et d’autres groupes corses. Qu’apportent ces collaborations à ton univers musical ?
La musique, c’est avant tout le partage.
J’ai adoré jouer pour Théo Poli de Panzetta Paradise.
Culture DIY – Ta musique puise dans la culture DIY. Comment cela se traduit-il concrètement ?
Je suis quelqu’un d’hyper curieux. J’aime maîtriser les technologies.
J’aime ce côté bidouille électronique.
Peut-être qu’au final ça fait une musique un peu “geek”… mais tant pis pour les Moldus.
Instruments et outils – En tant que multi-instrumentiste, quels sont les outils dont tu ne pourrais plus te passer ?
Ableton !!
J’utilise Ableton tout le temps.
Je pense à un nouveau setup sans Ableton, mais ce n’est pas pour tout de suite.
Projets à venir – Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
En 2024 et 2025, j’ai beaucoup travaillé sur des bandes-son de projets qui sont finalement tombés à l’eau. C’est la dure vie de la musique à l’image : on n’est pas vraiment maître de ses projets.
En ce moment, je produis des tracks instrumentaux avec un nouveau son, plus industriel et métal.
Écoutez Guitare Squared de SH404
Conseils aux jeunes artistes – Quels conseils donnerais-tu aux jeunes musiciens corses ?
Je ne prétends pas encore avoir des conseils à donner.
Avenir artistique – Comment imagines-tu l’évolution de SH404 dans les prochaines années ?
Comme je l’ai dit, en ce moment je travaille sur des tracks instrumentaux avec un son plus industriel, plus métal.
Je vais faire vivre ça sur scène, notamment au festival Emma Lab à L’Île-Rousse en 2026.
Collaboration avec Egoist Records – Comment s’est déroulée ta collaboration au seins de Egoist Records, pour la production d’ Electric Boy ? Peux‑tu nous raconter la rencontre, ce qui t’a séduit dans son label Egoist Records et la manière dont cette expérience a influencé ton son ?
La rencontre n’est pas très sexy : je leur ai envoyé un son par mail et ils ont kiffé.
J’étais surtout en collaboration avec Guillaume Dugenet, l’ancien directeur artistique du label.
Ça m’a permis d’avoir plus de crédibilité et de faire des interviews dans des radios nationales, comme France Inter et Tsugi Radio.

