Il y a des groupes qui naissent d’un projet, et d’autres qui naissent d’un lieu. Una Fiara Nova appartient clairement à la seconde catégorie. Le Rustinu n’est pas seulement un décor ou une origine géographique : il est la matrice même du groupe.
C’est là, dans cette pieve de l’intérieur, que tout commence presque sans intention artistique formalisée. Des amis, des chanteurs du village, des voix qui se croisent à l’église de Ponte Novu, des paghjelle, des chants de messe, puis les répétitions du Catenacciu avec la confrérie San Michele du Rustinu. Une pratique collective, enracinée, vivante, où le chant n’est pas une performance mais un acte partagé.
Ces rencontres forgent peu à peu une identité musicale et humaine. Sans le savoir encore, elles posent les fondations d’une aventure qui dépassera rapidement le cadre du village. Une aventure née du sacré, de la transmission orale et de cette évidence : la voix, en Corse, est à la fois mémoire et présent.
Une création pensée à plusieurs voix
À l’origine du groupe, les frères Giovannetti. Cette proximité familiale imprime d’emblée un mode de fonctionnement singulier : une symbiose créative, faite d’échanges constants, de débats, parfois de confrontations, mais toujours au service du morceau.
Chez Una Fiara Nova, un texte peut donner naissance à plusieurs musiques, plusieurs propositions peuvent coexister. L’objectivité finit par trancher : c’est la musique la plus juste, la plus convaincante, qui est retenue. Ce double regard permet d’explorer des chemins différents, d’enrichir la palette sonore et d’affirmer une orientation musicale propre au groupe.

Très tôt, le choix est clair : ne pas se cantonner à la reproduction du répertoire traditionnel. Polyphonies et chansons se mêlent naturellement, comme une évidence. Pour le groupe, créer ne signifie pas renier, mais faire évoluer. Sauvegarder un patrimoine, oui, mais aussi le prolonger, l’inscrire dans son époque, sans effacer les codes de la chanson corse. Cette démarche devient le fil conducteur d’un projet résolument tourné vers l’avenir.
U focu di a vita, l’acte fondateur
Avec la sortie de U focu di a vita en 2023, Una Fiara Nova entre pleinement dans le champ public. L’album agit comme une carte de visite artistique, mais aussi comme une prise de parole.
On y trouve des textes engagés, parfois frontalement politiques. S’ellu era u to figliolu interroge l’immobilisme d’une société aveuglée par son confort, indifférente aux tragédies qui se jouent pourtant à proximité. Ciò ch’è no simu dresse le portrait d’une société corse faite de contrastes, tiraillée entre lumière et zones d’ombre. Qualcosa di tè rend hommage à Yvan Colonna, dans un geste à la fois intime et collectif.
L’album ne se limite pas à la revendication. Il laisse aussi place à la contemplation : paysages, mer, métiers, fuite du temps. U focu di a vita devient ainsi une vision globale de la Corse : ancrée dans la Méditerranée, consciente de ses luttes, mais ouverte sur le monde contemporain.
Le LIET International, une reconnaissance et un révélateur

En 2024, le groupe reçoit le prix du public au LIET International, à Bastia. Une distinction vécue moins comme une victoire que comme un moment de partage.
Sur cette scène où se côtoient langues minoritaires et cultures singulières, Una Fiara Nova trouve une résonance particulière à son discours. Chaque langue devient un rempart contre l’uniformisation, un acte de résistance face à la mondialisation culturelle et à l’acculturation.
Humainement, l’expérience marque. Artistiquement, elle impose un nouveau niveau d’exigence, notamment en matière de performance scénique. Car la scène, pour Una Fiara Nova, est un espace de vérité : pas de seconde prise, pas de montage possible. Le chant y est brut, immédiat, et la communion avec le public devient une composante essentielle de leur démarche.
Épurer pour mieux dire : À l’iniziu d’ogni cosa
Avec l’EP À l’iniziu d’ogni cosa en 2025, le groupe affine encore son langage. Les polyphonies se font plus ambitieuses, le travail vocal est mis au premier plan. Les arrangements instrumentaux sont volontairement épurés, pour coller au plus près de ce qui se joue sur scène, en format acoustique.
De nouvelles thématiques apparaissent : la liberté, l’hommage aux pêcheurs, une ode au châtaignier et à la symbolique qu’il porte. L’EP agit comme une transition, un pont entre les premières affirmations et une nouvelle étape de maturité.
2026, la promesse d’un nouveau cap
L’année 2026 s’annonce déjà comme un tournant. Un troisième album est en préparation, présenté par le groupe comme l’album de la maturité. Plus riche instrumentalement, porteur de nouvelles thématiques, il devrait marquer une évolution nette tout en restant fidèle à l’ADN d’Una Fiara Nova : passion, exigence et création.
Le groupe se définit aujourd’hui comme un laboratoire de création, animé par des messages de paix et d’espoir, sans jamais renoncer à son esprit militant. L’objectif est clair : s’ancrer durablement dans le paysage musical corse, mais aussi franchir les frontières de l’île, dialoguer avec d’autres rives de la Méditerranée, rencontrer d’autres peuples et d’autres cultures.
Une place naturelle sur K’Scolta
Cette démarche fait écho à l’ADN de K’Scolta. Mettre en lumière des artistes qui créent, qui questionnent leur époque et qui portent la langue corse au-delà des clichés est au cœur de la plateforme.
En accueillant Una Fiara Nova dans ses pages, K’Scolta affirme une fois de plus sa volonté de documenter la création musicale insulaire contemporaine, de relier héritage et innovation, territoire et ouverture.
Una Fiara Nova n’est pas seulement un groupe à écouter : c’est une trajectoire à suivre. Une flamme née dans le Rustinu, qui continue de brûler, d’éclairer et de tracer son chemin, en Corse et bien au-delà.

