Il y a des soirs qui dépassent largement ce pour quoi ils sont organisés.
Des soirs où l’on pense venir pour être présent, et d’où l’on repart avec quelque chose de bien plus profond.
Le concours de chant L’Île des Voix, organisé à Porto-Vecchio, samedi 24 janvier 2026, fait partie de ceux-là.
Avant Porto-Vecchio : quand l’envie n’y est plus
Quand Delia, organisatrice du concours, nous a appelés en novembre 2025 pour nous proposer d’être jurés, la réponse n’a pas été immédiate.
Pour être honnête, je n’avais pas le cœur.
L’année 2025 avait été lourde. Accumulation de fatigue, de doutes, de tensions.
À tel point que j’ai sérieusement envisagé d’arrêter K’SCOLTA. De mettre un point final. Ou au moins une parenthèse.
Puis 2026 est arrivée, avec autre chose dans l’air.
Trois mois de pause.
Trois mois de silence, de recul, de recentrage.
Et cette intuition, fragile mais tenace : ce n’est peut-être pas fini.
Alors j’ai rappelé Delia et lui ai dit simplement « Andemu puru ! »
La route, l’hôtel, le théâtre : tout s’enchaîne
À partir de là, tout se fait presque naturellement.
Réservation à l’Hôtel Le Balamina, un coup de fil à Nico — qui répond présent sans hésiter — une chambre ajoutée… et nous voilà en route.
Arrivés à Porto-Vecchio :
on pose les sacs, une douche rapide, peu de mots.
Puis direction la Salle Rouge.
Un accueil qui donne le ton
Dès l’entrée, l’ambiance frappe. Pas quelque chose de spectaculaire. Quelque chose de sincère.
Dans le hall, Delia nous aperçoit, un sourire, une énergie communicative :
« Les garçons, descendez dans les loges. Il y a tout le monde. Servez-vous à boire, à manger… profitez. »
Ce genre de phrase qui met immédiatement à l’aise. Ce genre d’accueil qui dit beaucoup de l’esprit du concours.
Des rencontres qui ne doivent rien au hasard
Dans les couloirs, les visages se succèdent.
Puis on croise Brice Colombier.
Sur le moment, on discute… Puis je réalise.
Brice, c’est à la fois l’un des organisateurs du concours… et un musicien qui a partagé la scène avec Nolwenn Leroy, Christophe Maé, Soprano, Jenifer, Kendji, Patrick Fiori, Louis Bertignac, Kad Merad, Michael Jones, Amir, Anne Sila, Mat Bastard, Jean Menconi, Antoine Ciosi, Jacques Culioli, Battista Aquaviva, Francè Zito, Florian Carli, Jean-Charles Papi, Christophe Mondoloni, Petru Guelfucci, entre autres.
Une pointure.
Mais sans posture.
À cet instant, on comprend une chose essentielle :
on ne sait pas vraiment qui on va rencontrer ce soir.
Et c’est précisément ce qui rend le moment précieux.
Un jury à l’image de la culture insulaire
Sur scène, on aperçoit Sabrina, la régisseuse générale, quelques mots rapides — elle est partout — puis elle nous glisse la composition du jury.
Et là, on s’arrête.
- Jacques Culioli
- Marcu Biancarelli
- Jean-Charles Papi
- Suarina
- Aurélie Berria
Un jury dense, exigeant, pas là pour faire joli.
Des personnes qui savent écouter, transmettre, douter.
Les loges : là où tout se détend
Dans les loges, l’atmosphère est étonnamment simple.
Pas de hiérarchie écrasante.
Pas de faux-semblants.
Sur le chemin, je repense à ce qu’un ami m’avait dit à propos de Jean-Charles Papi :
« C’est une très belle personne… un peu magagnò. »
On le croise presque aussitôt.
La discussion s’engage naturellement.
Quand on se présente comme les fondateurs de K’SCOLTA, la réponse est immédiate :
« Je viens sur votre plateforme. »
Dans la foulée, Midò Muziotti, présente ce soir-là pour le coaching des juniors, enchaîne :
« Moi aussi. »
À ce moment précis, quelque chose se relâche en moi, tout devient évident.
Un imprévu… et une chaîne de solidarité associative
Sabrina revient vers nous, un peu embêtée, pour nous demander si K’SCOLTA pouvait offrir une participation à son festival pour le gagnant junior.
Problème : aucun festival n’était prévu cette année. Impossible de rester sur un non. Je m’éloigne, prends le téléphone et j’appelle l’organisation des Musicales de Bastia.
J’explique la situation, sans trop y croire. La réponse est immédiate :
« Tu peux annoncer une participation chez nous. »
❤️❤️❤️
Le concours commence : la scène s’ouvre
Les lumières baissent.
Alain lance la soirée.
Le cadre est posé.
Cette année, une nouveauté change profondément l’expérience : des musiciens live sur scène.
- Frédéric Berens au piano
- Marco Bartoli à la batterie
- et l’incroyable Alix Guglielmi à la basse
La musique respire et les voix prennent une autre dimension.
Les juniors : un niveau qui force le respect
Les enfants ouvrent le bal et très vite, une évidence s’impose : le niveau est exceptionnel. Des jeunes venus des quatre coins de l’île, des univers variés, et une justesse parfois bouleversante.
Juger des enfants reste un exercice délicat. Mais ce soir-là, ils nous ont offert un moment suspendu.
Une voix nous arrête net :
Lou-Anna Tramoni, sur Rolling in the Deep d’Adèle.
Sans démonstration.
Juste une évidence.
Les adultes : émotion, technique et sincérité
Chez les adultes, la magie continue.
Technique, émotion, présence.
L’école Sparti Musica, avec qui nous avions collaboré aux débuts de K’SCOLTA, est représentée. Nous avons eu droit aussi au passage de José avec un tour de chant lyrique qui nous a surpris et touché.
Le public, cette année, vote en direct grâce à l’application L’Île des Voix. Il devient acteur, et ça change tout.
Ce que l’on retient, en repartant
Ce soir-là, à Porto-Vecchio, il ne s’est pas joué un simple concours de chant.
Il s’est joué :
- un moment de transmission,
- des rencontres vraies,
- un rappel discret mais puissant.
Parfois, il suffit d’une soirée pour comprendre que l’histoire n’est pas terminée.
Et que dire « Andemu puru », même sans trop y croire au départ,
c’était exactement ce qu’il fallait faire.
